L’héritage du Zénith – II

3 mins

Sur le flanc d’un volcan endormi désormais offert aux glaces éternelles et à la neige mordante, deux contours flous se détachaient derrière le rideau blanc.

Les silhouettes laissaient vaguement deviner deux personnes. L’une d’elles, allongée, était un homme d’âge mûr, semblant paisiblement endormi. L’autre, assise à ses côtés, paraissait attendre son éveil.

Ils avaient quitté un petit royaume aux pieds de la montagne durant la nuit précédente, et depuis, tous les gardes du château cherchaient leur roi.

Ce royaume défendait avec force les préceptes du ciel. Il ne voyait en son retrait de la guerre, qu’une mise à l’épreuve des Hommes, que le roi Maximilien IX, à l’image de ses ancêtres, se faisait un devoir de réussir. Les réticences de son fils héritier, s’inquiétant de voir ses troupes partir à la mort à chaque nouvel affrontement, n’y faisaient rien. Pas plus que celles se propageant de plus en plus au sein de la cité, lasse de guerres bien trop souvent synonymes pour elle de la perte d’êtres chers.

Pourtant, depuis quelques temps, le roi s’était montré plus indifférent. Il semblait diriger toute son attention sur autre chose…

Les rumeurs allèrent évidemment bon train. Ce changement d’attitude coïncidait en effet avec l’arrivée d’une personne étrangère en ville que chaque homme ou femme avait remarquée, et qui alimentait bien des conversations et des débats. Il n’y avait pour autant aucune preuve, mais quelque soit la réalité sur ce point, jamais ils n’auraient pensé qu’il puisse ainsi disparaître à peine le soir tombé, sans en avertir sa garde personnelle, sa femme ou son fils…

Ils avaient marché tout le restant de la nuit, ainsi qu’une bonne partie de la matinée avant que l’homme, qui pourtant aurait voulu suivre son binôme jusqu’au bout du monde, ne s’écroulât…

Drapée d’un long manteau blanc, la silhouette assise à ses côtés ne bougeait pas, presque figée par le froid.  Seules de longues mèches blondes flottaient au vent, dépassant d’une épaisse capuche au rebord de velours noir.  On pouvait également apercevoir le frisson de plumes sombres, dessinant deux ailes imposantes dans son dos, bien que repliées.

La neige devant le couple se mit à tourbillonner rapidement et les flocons formèrent un visage doux et féminin duquel s’échappa une voix fine, presque irréelle dans le vent :

— Votre Altesse. Sa Majesté vote père réclame votre présence au palais impérial…

La silhouette assise esquissa un simple geste de tête et répondit d’une voix étrange, presque musicale, mais dont on aurait été bien incapable de dire si elle était aiguë, ou grave :

— J’arrive dans un instant, le temps de faire mes adieux au roi…

La forme fantomatique disparut, et l’être aux ailes sombres reprit :

— Ils doivent te chercher à présent… J’imagine bien leur panique… Fouillant les moindres recoins du château et de la ville, réveillant les villageois, accusant ceux qui t’avaient contredit, même sur un sujet futile… Quel dommage de ne pas voir ça, n’est-ce pas ? Et puis, petit à petit, ils se tourneront vers ton fils, qui doit parfaitement jouer son rôle de progéniture inquiète pour son tendre père. Il endossera bientôt la responsabilité de dauphin. Il apaisera son peuple qui finira par oublier son ancien roi déserteur, qui sacrifia tant de leurs pères, frères et enfants dans des guerres inutiles… Ton fils deviendra leur sauveur, car aucun autre ne voudra renverser ta dynastie pour assumer ta tâche en ces temps difficiles… Et il se montrera à leur écoute, lui qui ne supporte pas d’être critiqué… Ton peuple ne veut plus la guerre ? Soit. Il ne se mêlera plus jamais du conflit entre nous et le ciel… Mais tu n’as aucune inquiétude à avoir.  Je te promets de garder un œil sur lui pour m’assurer qu’aucune fibre héroïque ne le gagne avec le temps…

La silhouette pencha la tête en arrière, observant un instant le ciel couvert de nuages gris. Sa capuche glissa, dévoilant un regard d’un bleu profond éclairant un visage à la peau pâle, aux traits fins et androgynes, si bien qu’il était impossible de déterminer à l’œil s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. L’épais manteau masquait les courbes d’un corps que l’on ne pouvait en ce moment supposer qu’élancé.

L’être s’inclina sur l’homme endormi, posa ses lèvres sur les siennes et resta un instant à leur contact, les ouvrant légèrement, avant de se redresser, puis de se relever. Son doigt glissa lentement sur le coin de sa bouche comme pour apprécier encore le baiser. Deux longues et fines pattes couvertes d’une fourrure blanche se recroquevillèrent entre les lèvres sous la pression du doigt…

— Le roi est mort… Longue vie au roi…

Au sol, le corps endormi ne se réveillerait plus, et ne dormait plus depuis longtemps… Sa peau bleuie par le froid était striée de sillons noirs s’échappant de ses yeux révulsés, de ses oreilles, de son nez, et de sa bouche, toujours ouverte. Tout son corps semblait contracté par une douleur le frappant toujours malgré la mort…

L’autre, après un sourire malsain en direction du cadavre, lui tourna le dos. Les ailes s’agitèrent pour se dégager de la neige mais c’est en marchant que l’ombre s’éloigna, masquant à nouveau son visage dans la capuche.

Le blizzard, redoublant de force, s’occuperait d’effacer les traces. 

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1 Commentaire
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Annick Smits
9 mois il y a

Je ne sais pas pourquoi mais celui-ci risque de ne pas être mon préféré ^^

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