L’héritage du Zénith – III

5 mins

Une paisible rivière aux eaux claires s’écoulait lentement en serpentant au milieu d’un champ. Diverses fleurs ondulant sous la brise coloraient ce tableau des plus paisibles.

Pourtant, à quelques mètres des flots, une scène bien moins sereine se déroulait.

Une dizaine de bandits se tenaient là. Des hommes principalement, malgré la présence de deux femmes se tenant légèrement en retrait.  L’une, âgée, observait la scène d’un sourire narquois, et l’autre, jeune, complètement paniquée.

Les hommes encerclaient une autre jeune femme. Elle arborait de longs cheveux d’un roux profond presque rouge, mais s’assombrissant de plus en plus pour finir en pointes noires. Une longue mèche masquant une partie du visage, ne laissait voir qu’un magnifique œil droit illuminé d’un iris vert.

Elle était vêtue d’un haut de cuir blanc laissant ses bras fins dénudés, ornés de simples bracelets dorés à chaque poignet À son cou, une chaîne argentée disparaissait vers le sillon de sa poitrine sous le gilet. Elle ne semblait porter aucun autre vêtement en dessous, ce que les hommes l’entourant remarquèrent très vite.

Ses jambes fuselées étaient protégées par un simple pantalon de toile sombre épousant à merveille leur forme jusqu’à ses pieds nus, aux ongles vernis d’un rouge feu rappelant sa chevelure. Malgré la situation et les armes de toutes sortes dirigées vers elle, elle semblait calme, et pas du tout apeurée.

La femme au sourire mauvais, qui semblait être la plus âgée, et la dirigeante de cette troupe, lui lança d’une voix éraillée :

— Ma petite, tu partiras pas d’ici sans nous avoir donner quelque chose… Et si tu n’as rien, tu vas gentiment nous accompagner jusqu’au prochain marché aux esclaves… On devrait en tirer un bon prix pour vous deux…

Sur ces derniers mots, elle tira sur une lanière en cuir rattachée à un collier de métal au cou de l’autre femme, qui trébucha dans un petit gémissement douloureux.

L’un des hommes tourna la tête vers elle et renchérit :

— Môman, on pourrait ptet la garder celle-là, non ? Elle me plaît bien ! On a qu’à vendre que l’autre plutôt !

Sur ce, il partit dans un long éclat de rire, rejoint par les autres hommes partageant visiblement son opinion. La matriarche mit un terme à cette hilarité d’un simple geste de la main, et reprit :

— Vous êtes incorrigibles ! Je l’examinerai, mais si celle-là est pure, on la vendra !

Au mot « pure » la jeune femme rousse esquissa un sourire que seule la femme paniquée paraissait avoir remarqué tant les autres étaient occupés à rire et à s’échanger toutes sortes de vulgarité. Le programme qu’ils feraient subir à la jeune femme s’ils pouvaient la garder, se répétait en boucle, comme pour tenter de l’effrayer…

Elle allait dire quelque chose mais, au même moment, elle sentit le pendentif à son cou émettre une chaleur. Elle le sortit de sous son gilet et l’observa un instant : la pierre au centre émettait un doux halo rougeoyant. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose : elle était attendue quelque part…

L’un des brigands ne manqua pas de voir le pendentif, même s’il ne put percevoir le flamboiement de la pierre :

— C’est drôlement joli ça, dis donc ! lui lança-t-il, attirant ainsi l’attention de tous ses comparses. Vous croyez que ça suffira pour qu’on la laisse ? T’en penses quoi, la mère ?

— J’en pense que c’est sûrement un bon début, mais qu’elle nous rapporterait plus quand même ! Allez ! Capturez-la !

Les hommes reprirent leurs rires et commencèrent à avancer lentement, resserrant le cercle formé autour d’elle, tel un étau implacable.

La jeune femme soupira, et glissa de nouveau le médaillon sous son corsage. Le guet-apens dans lequel ils pensaient l’avoir piégée n’était en fait pas du tout une surprise pour elle. En effet, elle les avaient remarqués lors de sa halte à la ville précédente, et n’avait pas moins manqué les messes basses qu’ils s’échangèrent en la regardant…

En fait, c’était elle qui les traquait depuis plusieurs jours…

Aussi, elle savait parfaitement qu’en faisait halte ici pour se tremper les pieds, la bande de la vieille en profiterait.

— Désolée les gars…, finit-elle par lâcher d’une voix calme, très féminine, mais qui n’aurait pas manqué d’intriguer s’ils n’étaient pas aussi excités à la perspective de bientôt pouvoir assouvir leurs fantasmes primaires. Je serais bien restée pour m’amuser avec vous, mais mon père m’attend. Alors, si vous voulez bien m’excuser…

Les hommes se remirent à rire tout en poursuivant leur marche en avant vers la jeune femme. Elle soupira :

— J’ai rien de particulier contre vous. Vous survivez comme vous pouvez… Alors, je ferai de même.

Lentement, elle porta une main à sa joue gauche, coinçant la longue mèche entre l’index et le pouce pour la repousser derrière son oreille afin de dégager son œil gauche…

Tout alla très vite ensuite.

La matriarche, masquée par ses « fils », ne comprit pas pourquoi ils s’arrêtèrent tous soudainement. Elle hurla quand elle en vit la plupart se jeter les uns sur les autres en se massacrant. Son « aîné », le plus proche d’elle, et son seul vrai fils dans cette horde, et qui avait voulu garder la jeune femme plus tôt, se tourna vers elle, l’épée à la main et la dévisagea d’un air autant mauvais que dément  :

— Que… Que fais-tu ?

Sans un mot, il se jeta sur elle. Elle se protégea avec la lanière de cuir et n’eut aucune hésitation à poignarder son propre fils… Lorsqu’il s’écroula dans ses bras, elle ne put que constater que toute sa troupe était décimée. lls s’étaient tous soit entretués, soit suicidés d’une manière atroce.

La jeune femme rousse, debout au milieu des cadavres, n’avait pas bougé. La vieille croisa l’éclat de l’œil dévoilé… Son visage jusque-là crispé, se détendit d’un coup puis, adopta un rictus de terreur absolue avant qu’elle ne retourne le couteau contre sa propre gorge, la tranchant d’un geste vif. De répugnants gémissements noyés dans son sang s’élevèrent, et elle s’écroula à son tour sur le cadavre de son fils.

La jeune femme secoua la tête et la longue mèche retomba sur l’œil. Elle s’approcha, avançant parmi les cadavres, marchant sur certains comme si de rien n’était. L’esclave encore en vie et terrorisée, se tenait prostrée, les yeux clos depuis les premiers cris, comme consciente d’un terrible danger à les garder ouverts, et encore tremblante de peur.

Elle n’entendait plus rien. Hormis les pas s’approchant. Lorsqu’elle sentit une main sur son épaule, elle ouvrit enfin les yeux, découvrant le poignard de sa geôlière au sol et s’en empara. Le brandissant maladroitement, elle menaça, ou du moins tenta de le faire, la jeune femme désormais accroupie face à elle.

— C’est comme ça que tu me remercies ? dit-elle avec une moue déçue, en jouant de la pointe du doigt sur la lame toujours dressée vers elle. Comme dirait mon cher frère : si tu as l’intention de tuer une personne, fais-le, les menaces et la parlotte sont inutiles…

Elle se releva et sourit :

— Du moins, si tu n’es pas capable de t’amuser un peu… Mais ça, c’est moi qui le rajoute ! Allez, rentre chez toi. Ton père t’attend…

Puis elle ajouta en soupirant :

— Et le mien aussi d’ailleurs…

Elle se retourna, approcha de la rivière pour récupérer ses bottes de cuir brun et s’éloigna, laissant la jeune femme à son sort, toujours sidérée et incrédule face au carnage l’entourant…

Lorsque la captive rentra chez elle plusieurs jours plus tard, elle tomba dans les bras de son père. Ce dernier remercia non pas le ciel mais l’Empreinte, de lui avoir ramené sa fille, sans se soucier que cette dernière ne serait plus jamais la même après tout ce qu’elle avait vécu…

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Annick Smits
11 mois il y a

Je ne sais pas lequel des trois je vais préféré mais ça promet des choses très intéressantes …
Je crois quand même avoir un faible pour celle ci ^^

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