Les pierres d’âme – Chapitre 16 – C’est la fête au village

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Chapitre 16

C’est la fête au village

« Pour ceux qui aiment les brochettes »

Nous étions enfin dimanche matin. Dès l’aube je pris mon vélo pour me rendre sur la place du village où Papy et Mamie étaient déjà en train d’approvisionner leur frigo en victuailles. Je me portai immédiatement volontaire pour aller prendre leur commande à la boulangerie, cela leur gagnerait un temps précieux.
Les différents participants, simples amateurs comme mes grands-parents ou professionnels, étaient déjà tous à leur tâche et dans quelques heures tout serait ouvert au public. Bastien était lui aussi présent sur le stand de ses parents. Habituellement il ne les suivait pas sur les marchés, mais la fête de notre village était un événement différent. Steph accompagnait le Miche, il couvrirait l’événement pour son journal tout en donnant un coup de main. Nous nous  entraidâmes dans une ambiance de travail agréable.

À huit heures, le marché fut officiellement ouvert. Il y avait déjà quelques rares clients venus pour le repas de midi. Comme nous les connaissions pour la plupart, nous n’eûmes pas de difficulté à les détourner des stands centraux. Ce serait une autre histoire avec ceux qui viendraient à partir de midi jusqu’au soir.
Un animateur professionnel fit son apparition. Il avait pour mission de s’occuper de la musique et de faire la promotion des stands. Je détestais ce genre de personnage, passant des mélodies désuètes et racontant des blagues ennuyeuses dans le micro. Mais cela faisait partie du folklore d’une fête de village.

Lorsque l’heure des offices des deux religions majoritaires fut  passée, juste avant de déjeuner, les gens commencèrent à affluer. J’ouvris le bal des détournements de population. Pour ce faire, il suffisait de passer dans la foule, devant les officines privilégiées, de plonger une main dans la poche, d’y trouver une petite ampoule et de la casser par terre. Dans les secondes qui suivaient, une forte odeur d’œuf avarié s’en dégageait, éloignant rapidement les clients du stand de nourriture et les dirigeant le plus naturellement du monde vers les nôtres.
Il faut avouer qu’une telle odeur devant des stands de nourriture ne donnait pas une confiance extraordinaire aux acheteurs.
Comme il n’y avait pas de magasin de farces et attrapes à Amalfay, Bastien avait dû aller en catastrophe le samedi en fin d’après-midi avec sa bicyclette à Antalvay pour y acheter une bonne quantité de boules puantes. Le plan était simple : nous devions nous relayer afin de ne pas attirer les regards sur nous, et nous devions également changer de cible afin de ne pas alerter les commerçants. Une ampoule tous les quarts d’heure nous semblait une fréquence acceptable.

Madame le maire et son mari firent une apparition vers deux heures de l’après-midi. Vous imaginez bien qu’ils ne s’approchèrent pas de nous, mais qu’ils allèrent saluer les propriétaires des autres boutiques, s’attardant particulièrement sur les trois stands du centre. Étrangement, une petite farce olfactive vint leur chatouiller les narines, raccourcissant la durée de leur présence parmi nous.
Le plus amusant advint quelques minutes avant qu’ils ne tentent de s’éclipser. Une banderole s’approcha, soutenue par des sympathisants de ma mère avec elle en première ligne. « Non aux commerçants d’Antalvay aux meilleures places de notre fête de village ». Ils se positionnèrent tout simplement devant les trois stands incriminés, empêchant le chaland d’y accéder. Cela dura à peu près une demi-heure et ils repartirent sans faire d’esclandre.
Leur intervention eut cependant une véritable influence sur la fréquentation des stands centraux. Les Amalfans se sentaient concernés par ces propos pourtant simples et maladroits, car c’était véritablement notre fête de village et il n’y avait aucune raison pour que des commerçants venant d’ailleurs fassent la une de notre fête. Soit, certains commerces n’existaient pas ici et nous accueillions avec plaisir un certain nombre d’artisans extérieurs au village, mais ce qu’avait fait la maire était une simple provocation.

La journée pour moi avait été fatigante mais agréable. Je préparais hotdogs, frites, saucisses et merguez, les servant avec le sourire aux  badauds qui venaient passer un bon moment.
Arriva le moment où les deux candidates au poste de maire devaient faire leur discours. Ma mère était arrivée, accompagnée par Johanna. Elle semblait très stressée et l’avocate faisait de son mieux pour la rassurer. Mais personne n’était sorti de la mairie.

C’est alors que nous les entendîmes
Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Ce grondement puissant surpassait en amplitude la musique de fond utilisée pour la fête. Les gens s’étaient figés sur place, ne sachant pas quoi faire.
J’eus l’intuition que quelque chose de terrible allait se produire, et malheureusement la suite me donna raison.
— Les tambours de guerre orcs. Fit une voix dans ma tête.
C’était Alamarielle, mon ange gardien. Son intervention ne me rassurait pas du tout.

Boum-bam-bom
Il ne fallait pas perdre une seconde. Je fis signe à Bastien et Stéphane de me suivre. Et je dis à ma mère : fais comme tu peux, il faut que les enfants aillent se réfugier immédiatement dans l’école. Et je courus dans la direction d’où venait le son, suivie par les deux garçons.
— Prépare-toi à filmer, Steph c’est important !
La voix ne m’avait pas menti. À quelques centaines de mètres devant nous, une armée sombre approchait, lentement mais très sûrement.
— Planque-toi bien pour filmer, ne te mets pas en danger. Bastien, va dire à ma mère de crier aux armes et revient aussi vite que tu peux. Que tout le monde se mette dans la cour de l’école, les gamins à l’intérieur.

Boum-bam-bom
Nous attendîmes Bastien, cherchant un endroit où nous pourrions voir sans être vus. Les tambours marchaient devant, sans se presser, inexorablement. Derrière eux, des monstres puissants armés de sabres et de haches, portant de lourds pavois. Puis derrière encore, des fantassins armés de fusils.

Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Bastien revenait, j’avais plus ou moins entendu ce que ma mère avait dit au micro. J’espérais que tout allait bien se passer. Nous déplaçant, je crus voir tomber certains soldats armés de fusils. Ces fusiliers n’étaient pas nombreux.

Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Le rythme s’accélérait, leur marche également. La peur qu’ils voulaient susciter devait être aussi importante que leur force physique.
— Vous voyez ce que je vois ?
— Il y en a qui tombent, c’est ça ? Fit Steph.
— Avec des flèches dans le dos, répondit Bastien.
— Il faut qu’on les contourne, on va récupérer des fusils. Dis-je.
Miche venait de nous rejoindre :
— Je ne te laisserai pas tomber, je t’accompagne. Dit-il s’adressant à Steph.
Les contourner ne serait pas facile. Ils s’étaient déployés sur une largeur importante.
— Suivez-moi vite, chuchotai-je. On va se planquer là, derrière cette grande poubelle, dans l’escalier. On les laisse passer et on va récupérer les fusils. Ensuite on contournera par l’est.

Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Nous nous faufilâmes jusqu’au bâtiment que j’avais repéré. Leurs pas s’accéléraient. Et ils furent là. Steph filmait tout. Ils nous dépassèrent sans même chercher à regarder vers nous. Ils étaient focalisés sur leur objectif : la fête du village.
Au loin j’entendais crier, la voix de ma mère était plus forte que celle des autres. J’ignorais ce qu’elle disait, mais j’avais l’impression qu’elle savait ce qu’elle faisait.

Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Comme des ombres, nous nous glissâmes dans les rues. Plus loin, je vis Eorelle qui ramassait ses flèches plantées dans les orcs morts. Un peu plus loin, ce devait être Hindred, Melodia et Cantaran. Nous les croisâmes rapidement, je déposai un baiser en passant sur les lèvres d’Eorelle.
— Nous avons tué tous les porteurs de fusils. Il n’y en avait pas beaucoup. Mais les autres sont des centaines. Fit-elle.
— On ramasse les fusils, lui dis-je.

Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Boum. Boum-bam. Boum-bam-bom.
Puis les tambours se turent.
Nous finîmes rapidement avec trois fusils dans chaque main et des chargeurs pleins dans toutes les poches. Ça ne semblait pas faire beaucoup. Ces armes pesaient au moins une tonne dans mes mains de jeune fille. Les chargeurs trouvés alourdissaient encore le poids que je devais transporter, c’était épuisant.

Pan ! Pan ! Pan ! Pan !
Des détonations. Si ce n’étaient pas les armes des orcs, c’étaient celles des nôtres. Heureusement qu’il y avait dans les commerçants présents des armuriers munis de fusils de chasse ! Cela me donna un coup de fouet. Pendant un instant je ne sentis plus mes mains douloureuses, les amalfans se battaient.

Pan ! Pan ! Pan ! Pan !
Ne pouvant en porter davantage, nous courrions désormais en direction de la place. Il nous fallait maintenant passer par-derrière l’école pour ne pas nous faire repérer par les monstres. En arrivant sur la place du village, nous les vîmes. Ils tentaient d’escalader les grilles de l’école. Mais les robustes paysans ne leur laissaient pas de répit, et à chaque nouvelle vague, ils les repoussaient sous les ordres de ma mère qui donnait la cadence de tir. Encore un effort, mes mains se crispèrent autour des  crosses des armes que je transportais. Je ne les sentais plus.

Pan ! Pan ! Pan ! Pan !
Les orcs regardaient droit devant eux, n’imaginant même pas que nous pouvions être là. Peut-être ne s’étaient-ils même pas aperçus de la disparition de leurs fusiliers. Courant ventre à terre, nous contournâmes la mairie. Un dernier coup de collier, des visages rassurants. Des villageois nous ouvrirent la porte arrière de l’école et nous leur abandonnâmes nos armes.

Plus de tirs, certainement plus de munitions. Plus que des hurlements de haine et de douleur mélangées. Ceux à qui nous avions donné les fusils se mirent aux fenêtres.
Je jetai un regard dans la cour. La situation était critique, mais les vingt-quatre nouveaux fusils allaient commencer leur office.
— Repli stratégique dans l’école ! Criai-je.
Dehors, c’était la cohue. Comme il n’y avait plus de munitions, les orcs avaient franchi les barrières et on se battait à coups de crosse contre des sabres.

Pan ! Pan ! Pan ! Pan !
Ma mère m’entendit, donna les ordres nécessaires et les premiers défenseurs rentrèrent, tirant avec eux ceux qui étaient tombés sous les coups. La moitié des fusils d’assaut refoulaient les orcs qui tentaient de passer la barrière, et d’autres « nettoyaient » la cour. Le nombre des ennemis se réduisait comme peau de chagrin. Maman continuait de commander. C’était une meneuse d’hommes. Je ne la reconnaissais pas.

Puis ce fut fini. Les abominations avaient cessé. La place était nette. Ou du moins… nette d’orcs vivants. Les cadavres de ces vermines s’étaient accumulés au sol. Devant la grille de la cour de récréation, les corps qui avaient servi d’échelle, de rempart pour leurs congénères faisaient des tas de parfois plus d’un mètre de hauteur. L’horreur était totale.
Dans la cour, d’autre corps, orcs, mais aussi humains. Certains étaient seulement blessés. Je sortis avec d’autres pour voir ce qu’on pourrait faire. Quatre formes agiles sautèrent la barrière, comme si elle n’avait mesuré que quelques centimètres. Les elfes.
Eorelle se jeta dans mes bras et nous nous serrâmes très fort. Puis il fallut se mettre au travail. Tout d’abord, chercher les hommes qui étaient encore en vie pour leur donner les premiers soins. Les elfes avaient prévu des sacs remplis d’herbes médicinales et de bandages avant de venir. Nous commençâmes à nous occuper des blessés qui nous semblaient pouvoir survivre.
À mes côtés, ma mère téléphonait aux pompiers. Ils devaient venir d’Antalvay, mais leur unique véhicule ne suffirait pas. Il fallait faire appel à des ambulances privées.
Stéphane filmait tout. Les corps des orcs, ceux de nos morts, mais aussi nos blessés et ceux qui les soignaient. Il accomplissait son travail de reporter, un devoir primordial. Pour que le monde sache.

Le bilan n’était pas aussi lourd que la violence de l’action aurait pu le laisser croire. Dans nos rangs, il y avait cinq morts, et une quinzaine de blessés dans des états plus ou moins préoccupants. Si les elfes n’avaient pas tué les fusiliers, ce sont nos corps qui auraient recouvert le sol.
— Sarah, je présume ?
C’était Stéphane qui interrogeait Eorelle pendant qu’elle travaillait.
— Et toi c’est Steph. Ce n’était pas une question. Margaux m’a beaucoup parlé de toi, et tu es le seul journaliste.
— Exactement. Après vous avoir vues ensemble, je comprends pourquoi elle souhaite te protéger. Tu n’as rien à craindre de ma part. J’ai promis.
— Tu pourras dire à ton journal que la sorcière du village et ceux de la forêt ont apporté des soins.
— Et tué suffisamment de monstres pour que nous survivions.
— Tu peux le dire aussi.

Tout était calme désormais. Les parents avec enfants étaient rentrés chez eux, en passant par-derrière l’école afin que les petits ne voient pas le sinistre spectacle qu’offrait la place de la fête.
Ceux qui avaient combattu restaient là. Ils avaient fait de ma mère la sauveuse de la situation. Tous s’accordaient à dire qu’elle les avait motivés, qu’elle avait su les diriger afin que leur action fût efficace. Ils déclaraient qu’ils voteraient pour elle, qu’ils rejoindraient son équipe de campagne.
Je regardai la mairie, ses occupants n’étaient même pas sortis. À aucun moment. Une lumière brillait dans les étages supérieurs. Je pensai aussi aux trois stands d’Antalvay dont les propriétaires s’étaient retirés avant même que la nuit tombe, laissant seulement quelques employés sur place, et ces derniers s’étaient d’ailleurs montrés prompts à nous soutenir au combat. Comme quoi tous les habitants de cette ville n’étaient pas de mauvaises personnes.
Y avait-il une corrélation entre l’absence de la maire et le départ des trois commerçants.

Nous étions en train de prodiguer des soins aux blessés, les ambulances n’arrivant pas encore, quand je vis Éléonore venir à nous en courant. Elle venait du temple. Elle courait comme si sa vie en dépendait. En voyant la catastrophe qui nous avait frappés, elle s’arrêta net et s’effondra. Eorelle et moi courûmes vers elle.
Elle était tombée à genoux, à bout de force. Nous nous agenouillâmes auprès d’elle.
— Ils ont attaqué le temple…
Elle prit un temps pour reprendre son souffle.
— Tout le monde est mort là-bas.
Ses larmes coulaient comme une rivière. Comme pour lui faire écho, la pluie se commença à tomber.
— C’est ma couardise qui m’a sauvée. Ils sont venus de la forêt, ils étaient comme ceux qui sont étendus là-bas. Ils n’étaient pas nombreux, peut-être une vingtaine, mais tellement puissants. Ils se sont jetés sur nous tous, nous frappant avec leurs armes. Je me suis cachée. J’ai survécu.
— As-tu vérifié si les autres moines étaient morts ? Demanda Eorelle.
— Non, ils étaient tous par terre et ne bougeaient plus. Sauf ceux qu’ils ont enlevés.
— Enlevés ? Fîmes-nous en chœur.
— Oui, ils ont enlevé dix personnes, des filles, parmi les plus jeunes. Ils ont pris Lucie. Elle est en vie pour l’instant. Il y avait aussi un homme. Il est resté dans la forêt, je n’ai pu distinguer son visage. Il était grand et large. C’est tout ce que je puis dire.
Eorelle me regarda.
— Allons-nous tenter de soigner ceux qui peuvent être sauvés ou courir après les orcs en espérant récupérer leurs otages ? Demanda-t-elle.

— Je vais voir au temple, avec d’autres villageois. On sauvera ceux qui peuvent l’être. Va avec tes amis poursuivre les orcs.
— Encore séparées, alors. Fit-elle d’un air déçu.
— Je vous ralentirais. Fonce mon amour.
Elle réfléchit un instant.
— Finalement, on va faire différemment. Je veux voir ce qui s’est passé au monastère. Il y a beaucoup de gens à qui je tiens là-bas. En premier lieu ton grand-père, et il y a aussi la grande prêtresse. Et d’autres…
« On va envoyer Hindred pour traquer les orcs. C’est le plus rapide d’entre nous, et il nous préviendra par faucon si besoin.
— Je viens avec vous, fit Éléonore. Je me sens tellement coupable, j’aurais dû combattre avec eux.
— Tu n’y aurais gagné que la mort, lui répondis-je. Tu peux venir si tu veux, tu auras contribué au sauvetage de ceux qui peuvent l’être. Nous devrons aussi guider les âmes des morts vers l’au-delà.
« Ne perdons pas de temps.

Nous prévînmes de nos intentions ceux qui étaient toujours debout. Ma mère rappela les secours afin d’avoir d’autres d’ambulances. Elle allait repartir pour ramener Lili à la maison, mais elle nous rejoindrait ensuite. Par bonheur, elles avaient elles aussi pris leur vélo. L’aller-retour serait rapide.
Bastien, Miche, Stéphane et quelques villageois, Melodia et Cantaran furent du voyage.
Hindred partit seul dans la nuit.

Nous arrivâmes au monastère un quart d’heure plus tard. La situation était beaucoup plus catastrophique qu’au village. Ici, c’étaient les orcs qui avaient gagné. Nous identifiâmes parmi les moines gisant au sol cinq survivants dont la grande prêtresse. Mais mon grand-père était décédé. Lui qui quelques jours plus tôt s’était remis à marcher… Eorelle, ma mère et moi nous écroulâmes sous le choc. Je pleurai amèrement sur sa dépouille, caressant son visage.
Certains de nos compagnons avaient eux aussi perdu un être cher et se lamentaient. Mais nous nous reprîmes et nous mîmes au travail.
Éléonore priait, elle semblait extrêmement concentrée. De sa prière émanait comme une force et nous nous sentions tous mieux. Petit à petit, les blessés reprirent quelques forces.
Les bandages avançaient, refermant les blessures et empêchant le sang de couler. Je soupçonnais le couple de mages d’employer leur art pour aider les blessés les plus graves.
Enfin, les ambulances arrivèrent, les blessés purent être emmenés, direction Brivorest. Ils devraient tenir jusque-là. Éléonore s’écroula de fatigue. Plus tard, nous l’emmenâmes chez sa mère. Avant de retourner chacun chez soi.

Nous nous occuperions des morts le lendemain.
Sur le chemin du retour, Eorelle nous accompagna, ma mère et moi. Nous nous tenions par la main.
— Alors vous êtes Sarah, fit ma mère.
— Oui Hélène, et avant que tu ne me poses tes questions, je puis y répondre. Je suis aussi bien Sarah qu’Elizabeth, mais mon vrai nom est Eorelle. Pour ta deuxième interrogation qui ne manquerait pas de poindre son nez : oui Margaux et moi nous nous aimons.
— Comme ça, c’est clair, mais tu n’as pas vieilli. C’est incroyable !
Eorelle expliqua alors en quelques phrases qui elle était vraiment : une elfe plusieurs fois millénaire, mais elle n’entra pas dans les détails.
— Je trouve un peu malsain qu’une personne de ton âge ait un rapport amoureux avec une jeune fille de seize ans.
— Ne t’en fais pas Hélène, je ne ferai aucun mal à ta fille. Notre relation est des plus chastes. Nous nous aimons tendrement et c’est pour la vie. Nous les elfes, ne sommes pas comme les humains, on ne se débarrasse pas de ceux qu’on aime.
— Mais que vas-tu faire lorsque Margaux vieillira ?
— Parles-en avec ta fille, c’est une question dont nous avons débattu.
— Eorelle et moi nous nous soutiendrons toute notre vie durant. Dis-je, et ce, quoi qu’il advienne.
Ma mère laissa la question en suspens, probablement pour un autre moment.

Arrivé devant chez nous, Eorelle prit la parole :
— Demain, un jour difficile s’annonce. Nous devrons pleurer nos morts et leur donner une sépulture. Nous devrons également nous débarrasser des corps et des âmes des orcs. Je serai là avec Melodia et Cantaran.
— Les orcs, fit ma mère ?
— Oui, ces abominations que tu as vues, c’est le nom que leur a donné celui qui les a créés.
— Créé ?
— Oui, je t’expliquerai cela Hélène. Lorsque les cérémonies funéraires seront terminées, tu viendras chez moi avec Margaux et Lili, elle me connaît, Éléonore pourrait venir également. Nous parlerons de tous les sujets que vous voudrez aborder. Pour l’heure nous sommes dans le deuil et vous êtes trop fatiguées. Allez vous coucher. Je resterai toute la nuit au village pour veiller.

Ma mère allait rentrer. Je lui dis que je voudrais passer quelques instants intimes avec mon aimée, je la rejoindrais dans quelques minutes. Elle nous laissa seules, afin que nous puissions nous donner la douceur d’une étreinte et d’un baiser consolateur.

Enfin je rentrai, Maman et moi étions épuisées. Par terre, dans l’entrée, il y avait les chaussures de mon père. Je fus surprise de voir de la boue fraîche sur les semelles, car le dimanche, il n’allait jamais travailler dans la forêt.

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8 Commentaires
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Thibaut Séverine
Thibaut Séverine
1 année il y a

Le retour des orcs ! Quand la fantasy rejoint le monde vrai ! Je suis triste de la mort du grand-père j’avoue, et je me demande si l’odieux père n’est pas à l’origine de tout ça ! Vivement la suite !!!

Marco O' Chapeau
1 année il y a

Changement d’ambiance… L’homme vu avec les orcs ressemble à une personne qu’on a déjà vu pas trop sympa. Encore 3 semaines, si je t’ai bien suivi pour avoir lu l’ensemble… Oui comme Séverine, même si je peux lire encore un chapitre, vivement la suite.

Thomas Rollinni
1 année il y a

Encore un sacré chapitre, on ne s’attendait pas à ça ! Une chappe de plomb viens de tomber sur le village ! Bravo pour ce chapitre haletant !

Cora Line
10 mois il y a

Une fête de village bien mouvementée ! Cet homme grand et large serait-t-il le même que celui qui porte des chaussures crottées ? Je le saurais bientôt..

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