Tribulation, Chapitre 17

9 mins

 Le long chemin en terre menant jusqu’au manoir parait interminable. Il est entouré de km et de km d’hectares. Le propriétaire du domaine ne peut être que milliardaire. On se croît retourné au 16 siècle. A proximité de la bâtisse principale, les portes d’une immense grange en bois sont grandes ouvertes. On y distingue à l’intérieur des chats et chiens entassés dans d’imposantes cages.

-Ils devaient s’en servir pour attirer les gosses… Bandes de crevures… Mentionne Jérémy avec perspicacité.

Avant de sortir du véhicule, les deux comparses prennent une dernière gorgée de whisky pour se donner du courage, puis ils recouvrent leur visage d’un masque Vénitien. Une vingtaine de personnes font la queue pour rentrer. La plupart sont déguisée de masque des plus luxueux du style Steampunk. La boule au ventre, ils se présentent devant le vigile à l’entrée. D’un costard blanc, l’homme au masque de pharaon au physique avantageux se saisit des invitations puis vérifient les tatouages sur leur avant bras. Bob trouve sa voix familière mais ni fait guère plus attention. Une foule est regroupée dans le hall d’entrée. Le plafond est si haut que les accents divers, se mélangent dans le brouhaha ambiant. Les peintures le recouvrant sont à peine distinctes. Mais les couleurs psychédéliques éclatantes impriment la rétine. Bob est comme hypnotisé par ces lieux tout droit sortie d’une autre époque, d’un autre univers. Lorsque il redescend sur terre, plus aucune trace de Jérémy à son côté. Il s’engouffre dans la pièce en espérant retrouver le plus rapidement son coéquipier. Un serveur interrompt sa course et lui propose un verre de champagne. Bob le boit d’un trait avant de reposer le verre vide sur le plateau. Lorsque il se retourne, il tombe nez à nez sur une sorte de rideau rouge cachant une pièce secrète. Il passe à travers l’étoffe. Le couloir étant étriqué, il est contraint de le longer en rampant jusqu’à atteindre la pièce suivante.

                                   Les musiques assourdissantes sont des plus malaisantes. Tout comme l’éclairage rouge flash se mélangeant avec les néons violets. Des femmes en petites tenues dansent auprès de milliardaire assis confortablement dans des fauteuils en cuir vintage. Leurs visages sont dissimulés par des masques de cabaret mais leur pénis est tant qu’à eux bien visible. Un de ces opulents est entrain de se le malaxer pendant que deux jeunes hommes se roulent des patins devant lui. Dans cette ambiance obscène, Bob déambule en espérant trouver rapidement la sortie. Ces hommes ressemblent de plus plus à des bêtes en chaleur, dissimulés derrière des masque des plus effrayants et malfaisants. Cette atmosphère à la “Eyes Wide Shut” sous acide et effet sadomasochiste, retourne l’estomac de Bob qui tente de se frayer un chemin jusqu’à une grande porte en acier incruster de motifs religieux. Elle s’ouvre devant lui.                                    Une toute autre ambiance. Le saxophoniste joue des notes Jazzy, accompagné d’un pianiste plutôt doué. La cinquantaine de personnes présentes se tiennent debout, la poitrine bien avant dans leur costard luxuriant. Certains ont même leurs femmes accrochés à leurs bras. Ils font face à une immense scène. Bob se place à l’abri au fond de la pièce, juste devant un mur où l’eau ruisselle le long d’une grande vitre en verre, jusqu’à une tranchée créant un petit canal entourant le fond de la pièce. Alors qu’il examine les invités présents dont le mal semble surgir de leur âme, il remarque se faufiler dans la foule, un homme au dos courbé accompagné de deux mastodontes chauves. Malgré leur masque en argent, il paraît évident que ça ne peut être que Nicolas et ces deux larbins. D’un pas empressé, ils bousculent la foule et escaladent les marches métalliques d’un escalier en spirales, les menant tout droit à ce qui paraît être le bureau du convive. Quelques minutes plus tard, A travers la vitre en plexiglas, de grandes ombres visibles se débattent. Peu de temps après, elle semblent se calmer. Seul un homme et ces 5 monstres lui servant de vigiles, font leur apparition sur le haut des marches, surplombant le reste des lieux. Ca ne fait aucun doute, qu’on a devant nous l’hôte. Son costume est de couleur or brillant et son masque chromé représente le visage d’un corbeau noir. Si l’hôte a eu la peau d’un client comme Nicolas ça risque de ne pas être une partie de plaisir pour Bob de le faire tomber. L’argent du gérant du casino n’a pas l’air d’avoir suffit pour éviter son triste sort. Lorsque le corbeau apparaît sur scène, la foule l’acclame. Le détective a le sang glacé devant ce qui lui semble paraître devant lui être “Le diable” en personne. Sa jambe commence à trembler. Lorsque un serveur lui propose un verre, il n’en revient pas de remarquer juste en face de lui, de l’autre bout de la pièce, accoudé au comptoir, Jérémy, tranquillement entrain de siroter un verre de whisky sec. Alors qu’il allait le rejoindre, la lumière s’éteint et plonge la salle dans l’obscurité. Un éclairage vert foncé se contente d’éclairer l’homme au masque de corbeau qui se fait une nouvelle fois applaudir. Lorsqu’il tend sa main en l’air à la manière d’un salut nazi, un lourd silence apparaît. Il ne reste plus que le son de l’eau coulant derrière Bob. L’homme prend la parole

-Je n’ai qu’une seule chose à dire avant de commencer les enchères. Nous n’avons pas perdu. Notre pouvoir peut toujours être aussi grand. Il est grand car nous sommes la race supérieure. C’est à nous de prendre là où on peut prendre. Notre argent est d’une importance capitale pour que le monde tourne comme nous le souhaitons. Car sans argent pas de politique. Qui dit pas de politique pas de pouvoir. Et je crois que vous et moi auront mains prises sur ce pouvoir. Nous sommes les esclavagistes modernes. Nous prenons où nous pouvons prendre et personne n’y peu rien car notre pouvoir est sans fin ! Nous sommes ceux qui font tourner le monde ! Et maintenant : PLACE AUX ENCHERES !

L’ovation est digne des plus grand concert rock planétaire. Les frissons parcourent la peau de Bob qui n’arrive pas à réaliser ceux à quoi il est entrain d’assister. Les rideaux s’ouvrent. Apparaît alors de jeunes femmes nues enchaînées de toutes parts. Elles sont présentés derrière des vitrines comme de vulgaire objet. Les enchères ne perdent pas de temps et les montants atteignent déjà des sommes astronomiques. Certaines de ses femmes se vident de toutes les larmes de leur corps. Mais ça ne semble pas ébranler le moins du monde toutes ces personnes se goinfrant de champagne et de fruit de mer tout en misant leur argent pour acquérir leur propriété. Au fil des minutes, la respiration de Bob devient des plus compliqué. Il se saisit d’un verre qui traîné sur une table argenté et boit le contenu d’un trait. Mais ça ne suffit pas pour le calmer. Une fois les premières adjudications terminées, Bob ne peut plus tenir en place devant cet abominable spectacle. Lorsque devant ses yeux se présentent sur scène, une vingtaines d’enfants, l’émotion le submerge et devient incontrôlable. Bob se surprend lui même et explose la vitre de derrière lui dont l’eau glissé. A coup de poing, à coup de pied, rien ne l’arrête et la fine vitrine s’ explose en mille morceaux. Il les brise une par une jusqu’à ce qu’il n’en reste aucune. Toute l’attention est maintenant porté sur lui. La gêne atteint son paroxysme. L’homme au masque de corbeau se saisit du micro.

-Ce n’est pas par ce que vous avez perdu vos enchères que vous devez vous mettre dans cet état. La soirée est loin d’être terminé.

La foule éclate de rire.

-Veuillez ramener monsieur.

L’homme de l’entrée au masque Egyptien le saisit par le bras. Alors qu’il se fait amené de force à l’arrière du bâtiment, Jérémy reconnaît Bob malgré son taux d’alcoolémie élevé et le fait qu’un seul de ses yeux ne soit ouvert.

Après avoir traversé contre son gré la cuisine principale, où les cuisiniers se démènent pour apporter les amuses bouches avant que les invités s’impatientent, il se retrouve ensuite dans le Cagibi accompagné de la lourde présence du Pharaon.

-C’est bon calmé ?

-Oui ça va mieux. Je me sens plus serein dans ce calme. Bordel, j’ai horreur de perdre une enchère. Tente de bluffer Bob.

Son interlocuteur ricane.

-Rassure toi tu ne l’as pas perdu. Tu n’as pas essayé de la gagner.

Bob ne sait pas quoi répondre. Il est démasqué. Son émotion ingérable aura eu sa peau tout compte fait. C’est déjà énorme d’avoir réussit à arriver jusqu’ici.

-Enlève ton masque

-C’est… C’est interdit.

-Enlève le, je ne le répéterai pas. dit il en pointant son arme sur lui.

Soudain, Jérémy défonce la porte avec son épaule. Son masque Vénitien est à moitié brisé après une lutte acharné contre les commis de cuisine. Le sang coule sur son visage. Il se jette comme un décérébré sur le pharaon abasourdi et même étonnamment effrayé. Dans l’altercation brutale, un coup de feu retentit. Malgré tout, Jérémy réussit à maîtriser l’homme par une droite bien placé en pleine mâchoire, digne d’un Mike Tyson des grands soirs. Le masque d’Egyptien valdingue dans les airs..

-On peut dire que t’arrives toujours au bon moment. Le félicite Bob.

Jérémy se relève et plonge son regard déterminé dans celui de son confrère.

-Jérémy Campion ne perd jamais deux combats.

Bob se saisit du revolver de son agresseur . Lorsque il constate l’identité de l’homme à moitié sonné étendu sur le sol, il n’en revient pas.

-Fabrice ?!

-Bob ?! J’aurai tout fait pour te détruire mais c’est toi qui a eu le dernier mot on dirait… Arrive t’il à répondre, malgré que sa mâchoire ne tient plus qu’à un fil.

Bob sort son téléphone puis s’empresse de le prendre en photo.

-Tu peux rêver d’avoir une belle carrière dans la police. T’es foutu mon salop.

Derrière lui Jérémy perd l’équilibre et s’affale contre l’armoire à conserve.

-T’es touché ?! S’alarme Bob

Le costume de l’ex-journaliste est recouvert de sang. La balle a perforé son foie. Ce n’est pas l’alcool qui l’aura eu tout compte fait, mais une foutu balle.

-Jérémy Campion ne perd jamais deux fois. Répète de nouveau le poivrot désorienté suite à cet incident.

Pendant qu’il apporte les premiers soins, et tente de faire pression avec un chiffon sur la blessure, Bob averti Julie et son équipe pour qu’ils interviennent. Armée et acharnée, l’équipe déboule dans les lieux. Bob entend les crient d’affolements. Soudain des coups de feux retentissent. Une vrai fusillade digne des plus grand polar, est alors déclenchée. Une bastos perfore le mur et finit sa course juste au dessus du crâne de Bob qui n’a même pas eu le temps d’avoir peur. Il se met en boule et attend que l’orage passe. Quelques instants plus tard le calme.

-Julie ! Crie Bob quand soudain la porte s’ouvre.

Il s’empresse de pointer l’arme en direction de l’entrée. Il est des plus soulager lorsque il aperçoit la silhouette fine de la policière. Après avoir fait un rapide débrief de la situation, Julie l’aide à porter Jérémy jusqu’à l’extérieur. L’équipe a mis en joue la plupart de ces ordures. C’est opulents, qui semblait si puissant, si intouchable, sont maintenant si misérable. Ils sont entrain de chouiner les mains sur la tête, les genoux dans la boue.. Scott les prend en photo pendant que son collègue alertent des équipent compétentes. Devant cette intervention réussit, l’émotion submerge Jérémy, les larmes de bonheur ruisselant sur ses joues. Malgré le trou dans son bide, il a la force de les injurier de tout les noms. Pendant cet instant d’euphorie, Bob distingue derrière la grange des hommes entrain de se faire la malle. Bob lâche Jérémy qui est rattraper de justesse par Julie. Alors qu’elle essaie de l’arrêter, Bob est lancé à toute vitesse absorbé par la haine. Les hommes dont celui au masque de Corbeau s’empresse de rentrer dans la BM noire. Alors que la voiture démarre, Bob pris par une force insoupçonné se jette sur le capot. Le chauffeur remue le volant de droite à gauche mais rien à faire. Bob est accroché comme un sangsue. La visibilité bloqué par le corps du détective, le chauffeur ne peut éviter un chêne. L’impact est si violent que Bob est propulsé contre le tronc de l’arbre. Sur le choc, ses os se brisent. Alors que n’importe quel autre mortel serait probablement paraplégique suite à cet accident, Bob porté par une force qui relève du divin, se remet sur pied. Boîtant, mais toujours plein de détermination, il ouvre la porte arrière du véhicule. A l’intérieur tout les hommes sont évanoui. Sauf celui qui l’intéresse. Il l’agrippe avec poigne le costume doré du corbeau et le balance hors de la BM. Bob se met sur lui et retire son masque. Alors que sa présence était des plus inquiétante, il ne fait plus peur désormais. Bob le tient en joue comme un vulgaire pantin. Le visage de François Picot est des plus apeuré. Ce dernier en pleur, le supplie d’arrêter en employant le mot pitié à maintes reprises. Mais Bob n’a aucune compassion pour ce démon. Il déverse toute sa peine, tout son fardeau qu’il porte depuis tant d’années en l’enchaînant de coups de poing et en hurlant le nom de son fils d’une voix stridente : « Peter ! Peter ! Où est mon fils ?! » Cri-il encore et encore sans pouvoir s’arrêter. Les coups sont si brutaux que Picot est maintenant inconscient. Mais Bob continue, sans avoir l’intention de s’arrêter. Julie et ses collègues interviennent avant qu’il ne soit trop tard et plaque leur compagnon dans la terre. La rage de Bob se dissipe peu à peu avant de laissé place au désespoir. Il n’a plus rien à faire de Picot. C’est devenu sa dernière des préoccupations lorsque il voit au loin les femmes et les enfants kidnappés se faire escortés à la sortie du manoir par le reste de l’équipe de policier. Il se dirige en leur rencontre, les jambes dans le coton. Il les contemple un par un, examine chaque visage de chaque enfant meurtri. Il prend son temps dans l’espoir de tomber nez à nez sur son fils, Peter. Lorsque il vient de passer pour la troisième fois dans la foule et voit son rêve se détruire, il s’écroule sur ses genoux. D’une tristesse absolue, Julie pose sa main réconfortante sur son épaule, puis lui glisse ses mots avec raison et sagesse.

-Si Peter est en vie. Il a maintenant 26 ans Bob…

Bob le sait. Mais au fond de lui, l’espoir que son fils soit encore en vie est la seule chose qui le fait encore tenir debout. En face, seul, assis sur un muret, les genoux gratinés, il remarque Dominique, le fils de Nathalie. Plus apaisé, il vient à l’encontre de l’enfant. Ils discutent quelques minutes puis le prend dans ses bras. Malgré son genou cassé, son dos brisé, il l’amène jusqu’à sa voiture situé à quelques kilomètres de là pendant que Julie le cœur plein, l’observe disparaître le long du chemin. Comme ils se l’étaient promis c’est la dernière fois que lui et elle se sont vues.

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