Retour aux sources – Le cri du silence 6

7 mins

1ère partie suite

Le bonheur

Les enfants étaient dans la cuisine en train de goûter lorsque Jeanne apparut suivie par Sophie. Ce fut Marc qui se jeta le premier sur sa mère pour l’embrasser et faire une danse de sioux autour de ses jambes en hurlant « maman » sans arrêt comme un fou. Ensuite Stéphanie s’était approchée doucement en évitant son frère qui continuait à sauter comme un fou quand Jules décida de lui proposer d’aller dans le salon jouer à faire un château avec ses cubes, laissant ainsi la place libre à sa sœur. Sophie s’accroupit et tendit les bras vers sa fille qui vint blottir sa tête dans son cou. Elles s’embrassèrent un long moment puis Stéphanie toujours muette attira sa maman dans sa chambre devenue un véritable mausolée à la mémoire de son père. Elle avait fait descendre à son grand-père l’ensemble des affaires ayant appartenu à son papa, certains objets datés de l’époque où il était encore enfant ou adolescent. Sophie ne savait pas que ses beaux-parents avaient conservé autant de choses concernant leur fils. De prima bord, elle eut un choc en voyant la chambre de Stéphanie ainsi décorée, elle ressemblait à un cénotaphe cependant Sophie ne fit aucune remarque qui puisse choquer sa fille, elle devait désormais tenta d’être à la hauteur de la situation, son absence n’avait que trop duré. Elle n’avait que trop négligé ses enfants qui en plus d’avoir perdu leur père, avaient souffert de son indifférence à un moment où tous deux en avaient un besoin impérieux. Elle prenait conscience de la chance qu’ils avaient eue d’avoir des grands-parents si extraordinaires. Au cours de toutes ses longues semaines, ils avaient fait abstraction de leur chagrin pour se consacrer totalement à sa propre famille, aux enfants de leur fils, à ses enfants qu’elle avait lâchement abandonnés. Elles s’assirent toutes les deux et passèrent un long moment à parler… Sophie parlait et Stéphanie écoutait, elle se faisait comprendre à sa façon sans avoir besoin de mots, en montrant des objets, des photos, des coupes ayant appartenu à son père. Au travers de la porte, Jeanne les regardait, elle était heureuse de les voir ainsi sourire, s’étreindre, se caresser, ou se regarder avec une telle compassion dans les yeux. Leur famille retrouvait un peu d’amour, de joie de vivre qui lui avait tant manqué. Edouard n’était pas là, néanmoins elle le savait présent à ses côtés chaque jour davantage. Elle s’adressait à lui dès qu’elle en ressentait le besoin, certes personne ne lui répondait or elle avait la sensation étrange de le sentir si près d’elle qu’elle avait retrouvé le sommeil. Les cauchemars étaient moins présents, la vie doucement reprenait son rythme.

Vers dix-neuf heures, Jeanne qui s’était activée comme une fourmi dans sa cuisine, annonça qu’une surprise attendait dans le garage. Ils se retrouvèrent tous les cinq, d’abord dans le salon où Marc se remit à tourner dans les jambes de sa mère comme un jeune chiot, manquant à chaque pas de sa mère de la faire trébucher. Personne ne lui en avait fait la remarque tellement on le voyait heureux. Ils se dirigèrent vers le garage où la fameuse surprise annoncée devait se trouver. Jules demanda aux enfants de fermer leurs yeux. Ils devaient attendre que leur grand-père leur donne le signal pour les rouvrir à nouveau. En entrant dans le garage, Sophie fut si émue qu’elle regarda ses beaux-parents avec les yeux pleins de larmes. Elle avait envie de les serrer dans ses bras pour les remercier de toute leur patience, leur générosité et leur amour. Elle s’était découverte orpheline après le décès d’Edouard, sa famille avait explosé, elle avait perdu sa maman puis son papa. Grâce à eux, elle savait qu’elle s’était fourvoyée, sa famille existait plus soudée que jamais. Elle avait acquis cette force dans laquelle on puise pour survivre à de tels événements. Au moment où les enfants eurent le droit d’ouvrir enfin les yeux, Sophie, Jeanne et Jules leur crièrent ensemble – « Joyeux anniversaire les enfants, vous avez cru que l’on vous avait oubliés … » – Marc eut une magnifique automobile rouge à pédales qu’il voulut essayer aussitôt dans le garage que Jules avait pris la peine de vider en partie. Stéphanie eut une belle Barbie avec une maison immense où il y avait une cuisine, une chambre, un séjour, une salle de bains, tout y était. Tous les deux avaient un sourire comme Jules et Jeanne n’en n’avait pas vu depuis une éternité. Il s’en suivit un bon repas avec évidemment deux gâteaux d’anniversaire, Marc aimait les fruits, il avait donc une charlotte aux fraises et Stéphanie aimait le chocolat, elle avait un fondant au chocolat. Sophie essaya de faire honneur au dîner néanmoins depuis presque un mois et demi elle mangeait comme un oiseau et avait dû perdre au moins cinq kilos qu’elle reprendrait certainement doucement maintenant qu’elle était enfin revenue parmi eux.

Le départ

Avant le début des vacances Sophie prit la décision de partir s’installer dans la maison de ses parents sur l’île de Ré et un soir elle fit part de sa décision à ses beaux-parents. Jules et Jeanne n’avaient définitivement pas le cœur de poursuivre leur activité à l’usine et sans s’être vraiment consultaient auparavant, ils proposèrent à Sophie de vendre l’usine pour les rejoindre sur l’île de Ré si elle n’y voyait pas d’inconvénient. Elle en était ravie, elle avait tant hésité avant de leur annoncer sa décision de partir qu’elle était heureuse de les savoir du voyage. Ce ne serait pas simple d’organiser ce déménagement néanmoins une chose était sure ils auraient tous un toit sur la tête à La Flotte en Ré les premiers temps. Et tout fut fait comme s’il s’agissait d’un simple départ en vacances. Les enfants étaient petits et sans doute l’explication pouvait attendre un peu. Jeanne et Sophie avaient pour tâche de s’occuper du déménagement et Jules prenait en charge la vente de l’usine. Étonnamment ce fut assez simple ; ces derniers temps, Lille avait été propulsée en avant pour multiples raisons, grâce à cela toute la région avait été mise sous l’éclairage indirect de tous ces événements. Les locaux de l’usine étaient implantés dans une zone d’activités bien desservie, Jules et Edouard les avaient toujours entretenus, et le rapport était plutôt intéressant. Il fut relativement facile de trouver d’éventuels repreneurs. Les premières négociations furent faites dans l’objectif de protéger les emplois or rapidement les offres consenties par des acquéreurs non intéressés par l’activité mais plutôt par la situation de l’usine furent nettement plus attractives. Jules voulait faire vite et prit des dispositions pour éviter le pire à tous ses employés, qui pour la plupart leur avaient été fidèles toutes ces années. Cependant le temps jouait contre lui, il fut contraint de céder à celui qui offrait les meilleures garanties en sachant que l’activité de son usine ne perdurerait sans doute pas.

Dès le mois de juillet, les femmes et les enfants s’étaient déjà installés sur l’île tandis que Jules se chargeait des démarches pour la vente de l’usine et de leur maison qui fut achetée par un unique acquéreur. Jules fit cette année-là de nombreux va-et-vient entre Tourcoing et l’île de Ré et ce ne fut que vers le début de l’année suivante qu’il s’installa avec son épouse dans la maison que Jeanne avait trouvé à quelques minutes à peine de celle de Sophie. Entre-temps tout le monde reprit une vie différente, mais nettement plus agréable qu’à Tourcoing où tous les lieux remettaient en mémoire des souvenirs difficiles à gérer tant pour Sophie qui se retrouvait veuve à vingt-neuf ans à peine, que pour ses beaux-parents qui avaient perdu leur fils unique.

Sophie adorait la maison que son père lui avait léguée, à La Flotte en Ré, elle lui rappelait tant de bons moments passés avec son père, et sa mère… Il n’y avait pas un jour où son papa lui remettait en mémoire une histoire qu’ils avaient vécus tous les trois et si ce n’était lui, c’était Sophie qui demandait souvent le soir en se couchant, elle s’en souvenait aujourd’hui comme si c’était hier. Pour ne pas oublier quoi que ce soit de sa maman, elle voulait que son père lui parle d’elle – « Raconte-moi maman encore une fois papa, …. ». Cette expression faisait rire son papa lorsqu’elle continuait à le lui demander adolescente puis jeune fille. C’était sa maison or Edouard aimait beaucoup y venir, il trouvait toujours quelque chose à faire qui le rendait heureux, et le temps était bien meilleur qu’à Tourcoing. Ils avaient envisagé de venir s’installer à la Flotte définitivement à la retraite peut-être quand les enfants auraient grandi et seraient partis pour vivre leur propre vie. En se remémorant tous ces projets à si longs termes, elle s’était dit que dorénavant elle refuserait de se projeter trop loin dans l’avenir. Sophie avait repris un semblant de vie normal depuis le premier anniversaire des enfants à la suite du décès d’Edouard, elle vivait au jour le jour tous les bons moments comme des présents du ciel. Et si comme ses beaux-parents, elle aussi était athée, il lui arrivait de plus en plus souvent de prier. Elle demandait à Edouard de voir si autour de lui On pouvait aider Stéphanie à parler à nouveau.

La maison de La Flotte était typiquement rétaise, toutes ses années ils n’avaient pas manqué de l’entretenir avec Edouard après la disparition de son père. Les murs étaient peints en blancs comme la plupart des autres maisons, les volets étaient d’un joli vert foncé qui faisait ressortir la blancheur de l’ensemble sur lequel se détachait par-ci par-là des dizaines de roses trémières qui sortaient des murs comme par miracle. Ces fleurs étaient devenues comme un emblème pour cette ravissante petite île. Et depuis le printemps jusqu’au milieu de l’automne ces fleurs simples, doubles et de mille couleurs, souvent d’une hauteur pouvant aller jusqu’à deux mètres, aimaient la douceur du climat étonnamment méridional de l’île de Ré. Sophie pensait que bien des peintres impressionnistes auraient aimé toutes ces merveilleuses couleurs. Il existait de nombreux artistes peintres nés sur l’île qui avaient connu et connaissaient encore la célébrité. La mère de Sophie passionnée de peinture et peintre elle-même à ses heures avait transmis son engouement à son époux qui avait continué à acheter régulièrement des toiles de peintres rétais comme Gaston Balande né à La Rochelle, d’autres descendus de Paris tombés sous le charme de l’île comme Raphaël Drouart, par la suite il avait acheté des aquarelles qui réussissaient à rendre à l’île toutes ces couleurs. Les murs intérieurs de la maison étaient tapissés des œuvres de tous ces artistes connus ou inconnus et la maison bien que peu occupée en dehors des vacances restait saine. Il flottait une petite odeur de renfermée qui disparaissait dès que les fenêtres et portes-fenêtres restaient ouvertes quelques jours. Ce mois de juillet comme celui d’août fut apprécié par l’ensemble de la famille. Il faisait un temps magnifique, beau mais pas trop chaud. Parfois Marc descendait avec ses grands-parents ou sa maman à la plage qui se trouvait à deux cents mètres de la maison, Stéphanie refusant toujours d’y aller, et d’autres fois toute la famille allait se promener à vélo sur l’une des dizaines de pistes cyclables qui traversaient l’île dans tous les sens. Le temps était à l’amusement même pour Stéphanie qui souriait souvent.

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