Le Hanami humain

2 mins

Je suis allée me promener au printemps aux abords des vestiges du château de Fukuoka afin d’y contempler les premiers cerisiers en fleurs. Ils étaient grands, beaux, forts et contrastaient avec les autres arbres dont les branches étaient demeurées nues, ce qui les rendait plus merveilleux encore. Alors que j’aspirais à capturer dans mon appareil photo le rose des fleurs et le bleu du ciel, je capturais en fait une marrée humaine qui se prenaient en photo à tour de rôle au milieu des branches tombantes et fleuries. Ils faisaient la queue impatients de satisfaire leurs envies narcissiques. Ainsi, au lieu d’admirer la nature, je me confrontais à la laideur naturelle humaine exacerbée par leurs comportements vulgaires. Parce que oui, qu’on se le dise, un Homme n’est guère un être gracieux bien qu’il se plaît à croire qu’il l’est suffisamment pour paraître plus splendide que les fleurs elles-mêmes ce qui en fait un être non seulement vilain, mais bête de surcroît. Chacun prenait la pose s’appliquant à ce qu’une fleur vienne au-devant de leur visage et à ce que la lumière filtrée par les branches se pose sur leur meilleur profil sans se demander s’ils n’entachaient pas la splendeur de ce pauvre arbre. « je fais mieux à côté de ce cerisier » pensaient-ils sûrement mais ils ne se disaient pas « ce cerisier fait moins bien à côté de moi ». Mes photos s’en trouvaient toutes gâchées. Mais après tout, ne me privais-je pas toute seule du spectacle de la nature en essayant de la prendre en photo plutôt que de simplement la regarder… J’avais espéré me détendre mais tous ces gens m’avaient stressé encore plus que je ne l’étais. Ils étaient si nombreux et si bruyants et alors que nous sommes de la même espèce, je ne les comprenaient pas. N’aurions-nous pas pu tout simplement nous asseoir dans l’herbe et profiter en silence pour écouter la mélodie des oiseaux ? Le spectacle n’en aurait été que plus majestueux. Pourquoi fallait-il prendre mille photos, les poster sur les réseaux avec nos téléphones portables et se bousculer pour un cerisier que nous aurions tous pu voir si l’on avait accepté de lever notre regard de notre petit nombril pour le diriger vers la cime des grands arbres. Tout petits que nous sommes à côté des cerisiers, des collines, des montagnes, de la mer, du ciel et de la Terre, nous ne voyons que nous. Le reste n’est qu’accessoire pour nous mettre en valeur. Si seulement ma nature avait pu être autre. J’aurais mieux voulu être un cerisier.

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2 Commentaires
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Cora Line
1 année il y a

Merci Pauline de ce beau texte floral et poètique pour regarder les fleurs !

Roll Sisyphus
1 année il y a

Bonjour Pauline Pichoune,

Ce soir j’ai vu que le cerisier sous ma fenêtre commençait à laisser poindre ses bourgeons. Sous peu il explosera en fleurs avant de tapisser le sol de pétales annonçant ainsi la venue de ses fruits.
Merci de m’avoir rappelé par vos mots que dans le silence de la fraiche le spectacle sera encore plus féérique.

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