7.2. …avec ses mains

5 mins

Je vomis du sang. Leszeck était debout derrière moi, son loup à l’œuvre me bastonnait depuis presque une heure. Si je ne voulais pas dormir dehors, je devais réussir à le mettre à terre. Sauf que je n’arrivais même pas à l’approcher. Il était trop vif, trop fort.

Je rampais par terre, mes cheveux bruns, obscurcissant ma vision. Je ne savais plus vraiment quoi faire. Il ne cherchait même plus à m’apprendre quoi que ce soit hormis le fait que jamais plus je ne devais me mesurer à lui. Il se voulait puissant. Plus que quiconque. Plus qu’Irvan ?

Un autre coup de pied me fait rouler plus loin. Je voulais vraiment riposter mais je n’en avais plus la force. Je me retournais avec difficulté sur le dos. Ce bouffon me regardait de haut avec une expression de pur plaisir sur le visage. Il aimait me voir souffrir, il prenait son pied.

— Je vois la rage qui habite dans tes yeux. Tu savais que la plupart du temps l’expression de douleur et presque la même que celle de plaisir ?

Un déclic se fit dans mon esprit en même temps qu’une affluence de confiance montait en moi. Je n’allais pas me laisser faire et j’allais récupérer mes droits. J’allais me barrer d’ici. Des tiraillements se firent sentir sous tout mon épiderme. Mes gencives me tiraillèrent, mes ongles poussèrent et je me transformais à mon tour.

Sans réfléchir je lui sautais à la gorge. Il était tant surpris que je le fis se renverser. Il plaça son avant-bras pour se protéger de mes morsures. Je claquais mes dents contre sa chaire, j’allais le tuer. Lui et tous les autres ne méritaient que ça. Pour ce qu’ils avaient fait à ma mère, à mon père. A moi. J’allais les bouffer, un par un. Ils passeraient tous sous mes crocs et je me ferais un plaisir de dévorer leurs entrailles. Leszeck me repoussa de ses pieds. J’atterris quelques mètres plus loin. Je me retrouvais sur le flanc, une patte foulée. Rien de grave mais j’étais bien trop sonnée pour réagir à temps quand il apposa sa main sur ma trachée pour la serrer.

— Enfin ! Te voilà louve. J’ai failli attendre, Petite Ombre, tu sais ? Maintenant je t’ordonne de te calmer ! tonna-t-il.

Le lien qui nous unissait sembla vibrer, grossir et… je me calmais. Je restais attentive à ce qu’il faisait, à ce qu’il laissait exprimer. Il me regardait, sa main toujours sur ma gorge, je me sentais terriblement faible face à lui. Son autre main se baladait dans ma fourrure rousse. Il passait et repassait, palpait mes muscles, évaluait mes crocs.

— Tu es parfaite. Tu feras fureur dans l’arène. Et je suis ton Alpha. Tu combattras pour moi, tu tueras pour la meute. Car c’est ce que je veux que tu sois et tu y prendras plaisir.

Il se releva et se transforma à son tour. Nous rejoignîmes la meute. J’étais louve.

Ainsi je fus acceptée, les autres changés m’apprirent que ceux qui pouvaient se transformer avait des ancêtres loups proches dans l’arbre généalogique. Par proches ils entendaient un siècle ou deux, Tous les descendants ne recevaient pas le gène et si un individu en était porteur, le gène était plus puissant, plus pur, que le commun des changés mais bien moins présent que les vrais loups-garous. Les sang-pur. Trom me regardait toujours du coin de l’œil tantôt appréciateur tantôt jaloux. Cela m’avait touchée mais je n’avais jamais plus réussi à lui parler seule à seul. Leszeck ne me laissait jamais isolée, il y avait toujours un loup qui rodait autour de moi pour me surveiller si ce n’était pas lui-même qui s’en chargeait.

Avait-il perçu mon désir de partir ?

On m’entraina à la chasse, à développer mes sens et mon instinct. Je tuais beaucoup de proies. C’était facile. Mais quand je dormais, ça hurlait dans ma tête. Le miroir se brisait, mon reflet partait en éclat et la bête que j’étais apparaissait, écrasant les débris de ses pattes monstrueuses. Je me dévorais un peu plus chaque nuit. Dès que j’étais sur le point de m’éveiller, Leszeck me rattrapait et m’emmenait sur les liens de meute. Les loups nous entouraient et j’oubliais. Jusqu’à la nuit suivante.

J’étais devenue une tueuse, j’étais forte. Et je rivalisais presque avec certains loups natifs. D’ailleurs bien souvent je recevais des avances, timides certes, mais des avances tout de même. Et l’Alpha détestait cela. Il avait mordu le ventre d’un loup qui poussait l’offense jusqu’à me montrer sa force en combat. Dès que Leszeck était intervenu, tous étaient repartis. C’était un intérêt qu’il me portait plus ou moins bien camouflé.

Mais il ne me toucherait pas tant que je ne serais pas sortie de l’arène et ce jour approchait à grand pas.

— Tu sais en quoi consiste le spectacle d’Irvan, Maxime ? me demanda innocemment Maya.

— Des combats dans une arène, je présume ?

Je pris un morceau de viande et le croquais à pleines dents. J’avais encore dû me battre pour avoir le droit de manger. Maya ne s’en était pas mal sortie. Nous nous étions retrouvées à égalité après qu’elle m’ait presque arraché la patte et que j’ai bien failli lui crever un œil. L’égratignure sur son visage n’était pas si moche que cela. De façon étrange, depuis ma transformation, elle s’acharnait à me faire comprendre le monde des loups, à quel point les louves étaient vulnérables mais aussi un précieux trésor que tous loup protègerait jusqu’à la mort. Elle m’apprenait à en jouer aussi.

Leszeck ne devait pas être loin derrière toute cette apparente bonté. Je n’en avais juste pas encore eu la preuve.

— Pas dans une arène quelconque petite louve, mais dans l’arène !

— Excuse-moi de ne pas saisir la différence.

— C’est une construction des vieux loups, où l’on jugeait les criminels. Une véritable arène comme dans le temps des gladiateurs. Je pense d’ailleurs que les loups qui l’ont construite devaient être des romains. Des combats à mort, seul un gagnant par classe. Et il y a cinq classes, très chère. On ne sait pas ce qui arrive aux gagnants. On raconte seulement qu’ils doivent prouver une dernière fois leur loyauté à l’Alpha.

— Je devrai encore montrer que je suis fidèle à Leszeck ?

— Non, pas à Leszeck, les flammes dansèrent dans ses yeux, mais à Irvan. Et de ce que j’ai pu comprendre, tu lui as fait pas mal d’effet lors de ta remontée. S’il avait déjà envie de te tuer alors que tu étais à peine changée, cela devrait lui plaire de t’y voir mais en plus en tant que louve. Dis-toi bien que s’il attend la moindre faveur de ta part, tu te dois de lui céder. Vis, le reste est négligeable.

— Tu parles comme si j’allais gagner.

— Mais tu vas gagner, dit-elle en se penchant. Pour la simple et bonne raison que les participants au spectacle sont des changés sans aucune capacité de transformation. A toi de voir si tu préfères mourir et échapper aux griffes d’Irvan ou si tu préfères vivre.

— Je veux vivre.

— C’est tout ce que l’on te demande. A la tienne !

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