Rencontre Estudiantine (Chapitre 4)

4 mins

Ce qui est vu grand est suprême d’alternance :
Les contraires s’accordant en leur influence.
Le chaud et le froid, jour ou nuit, été hiver…
Ceux-là font comme autant dans le ciel et sous terre :
Vision pour l’homme et principe en sa conduite ;
De prophète en loi foi, naît doctrine susdite.
D’idéal confucianiste héréditaire,
Jouant encor le rôle d’intermédiaire,
Se voient au livre sacré des mutations,
Métaphoriques en leur formulation ;
Des lignes ointes et de savants diagrammes
Que le sage voit superposés en trigrammes.

L’être né de formation dans l’univers,
Subsiste en sa dissolution dans l’éther ;
Si celui-là vit sans dépérir ni vieillir :
Il est solide et convergera sans faillir !
Force d’amour, brave rudesse malhabile
D’union qui par la femme s’offre fragile…
Si la vision montre par une autre image,
Hors de l’ordre naturel, c’est une autre page !
Dans l’éternité concordante du perçu,
La Terre fait centre transcendant par l’influx…
Mais l’état du désir contemple son transfert ;
Dans l’obscur, l’immense s’assombrit de mystère.

 

– Ne croyez-vous pas mon ami que vos voyages dans les nues vous tournent un peu la tête ?… Et vous aurais-je à ce point blessé pour qu’à présent vous feigniez l’indifférence !?
La même voix féminine, qui tout à l’heure avait surpris Lucien se faisait cette fois plus précise :

– Que… dites-vous ?
Elle l’observait depuis un bon moment… cependant que le jeune homme semblait ne rien voir d’elle qu’une vague silhouette irisée par le soleil.

– Ohé “monsieur” le bel endormi, daigneriez-vous revenir à la vie, ou dois-je faire appel aux pompiers !?
Il clignait à présent des paupières. Comme si le flot de lumière, qui s’était déversé en même temps qu’elle était entrée, l’avait ébloui au point de rendre la visiteuse transparente.

– Pardonnez-moi, consentit enfin Lucien : il m’a semblé vivre ce sentiment étrange qui fait percevoir la voix d’un ange sans pour autant le voir.
La très jeune femme, une superbe rousse, évoluait si furtivement dans la salle de yoga que Lucien s’en étonnait. Le voyant ainsi figé dans la position du lotus, elle lui tendit une main secourable qu’il accepta d’emblée.

– Autrefois, dit-il en se parlant vraisemblablement à lui-même, les gens pensaient que l’assoupissement du corps pouvait l’entraîner vers les ténèbres.
– Peut-être était-ce justement pour s’en défendre, mon jeune ami. En fait, quelques-uns se plaisaient à adorer la lune pour déesse complice car la jugeant en bien ; du moins pour les plus optimistes d’entre eux.
– Et ainsi naquit l’ésotérisme de ceux qui se vouaient à la déesse Axthsa et vécurent sur la Terre-Mère, il y a plus de trente-cinq mille ans… ceci correspondant avec l’émergence de “Cro-Magnon” ! Avait ajouté Lucien tout en s’éloignant du tatami.
– Je constate que vous avez atteint là un stade de méditation digne d’un pratiquant largement initié !
– Nous disposons de plusieurs états de conscience…
– Ce dont vous me parlez découle de l’une des plus anciennes croyances du monde, reprit Athénéïse. Son histoire remonte à la nuit des temps mais on peut aisément retracer l’évolution de la déesse Axthsa, autrement nommée Athséria.
– Vous avez raison. Mais d’autres, après eux, accusèrent les grandes prêtresses qui servaient Athséria : les rendant coupables de sorcellerie. Or, c’était sans faire le moindre distinguo pour leurs doubles fonctions, certes alchimiques, mais aussi sacramentelles car hautement spirituelles. Assurément, ces Dames-De-La-Forêt étaient pourtant attachées à de justes manières, car dévolues à servir la Lumière-Céleste.
– Tout à fait, continuait la jeune femme : pourtant il advint que sans plus d’initiés libres de pratiquer un vrai mode d’expression, ni même de gens aptes à communiquer par l’écriture de signes gravés sur des mémoriels ; il a fallu attendre jusqu’après la Renaissance pour voir réapparaître de nouvelles Suivantes «Adeptes de la Déesse au corps de platine».
– Oui… ou du moins pour ce qu’il reste des dits mémoriels, à savoir quelques sanctuaires devenus pour la plupart indécelables par le simple regard matériel de l’humain. Et quand aux «Suivantes» dont vous me parlez, j’aimerais en rencontrer au moins une.
– Voyez-vous ça ! Voici qu’il y a devant moi un potache tout prêt d’accepter ce que prétend la science du paranormal ! Il ne manquait plus que ça ! Ainsi donc, vous souririez aux anges et aux démons ?
– Tel que vous m’en donnez l’image par votre grande beauté, je reconnais, que les anges me parlent avec considération.
– Et parangon de vertu par-dessus le marché !…
– Cela s’adresse à vous plus qu’ à moi mademoiselle… heu…
– Athénéïse… lui répondit la jeune femme en parant son joli minois d’un sourire de Mona-Lisa.

Tout en conversant, les deux jeunes étudiants avaient quitté l’espace couvert. Ils se trouvaient à marcher maintenant dans une allée bordée de platanes séculaires qui formaient un mail à l’ombrage aussi avenant que spectaculaire. Ce campus, avait connu beaucoup d’adolescents dont les noms devinrent célèbres. Mais il ne bénéficiait pas seulement de jardins splendides. En fait, c’est toute une faune, certes modeste par la taille, qui s’y trouvait parfois présente. Elle se cachait notamment parmi les grands massifs floraux multicolores qui trônaient çà et là, dans les espaces de verdure. Et c’est bien dans cette végétation que se plaisait à évoluer ce jour-là Topiary, un Nuton-des-parcs, fort occupé à suivre du regard, l’énigmatique demoiselle qui gentiment donnait la réplique au jeune rêveur. L’être minuscule agissant comme s’il devait s’assurer de la sécurité des deux étudiants.

 


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2 Commentaires
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Lucile Cajart
5 années il y a

J’aime beaucoup, de plus le texte est très agréable à lire, notamment grâce à cette mise en page soignée !

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