II.

4 mins

Il est cinq heures du matin quand Lùca se résigne ; il ne dormira pas. La télévision est en fond sonore et, pour son plus grand malheur, la chaîne musicale diffuse un clip qu’il se refuse à voir. « Used to be us » du groupe Lawson qu’il avait lui-même composé. Rageur, il l’éteint et balance la télécommande au sol. Il se retrouve dans le noir complet. Tâtant d’une main la table de chevet, le jeune homme trouve le fil de la lampe qu’il allume et reste immobile quelques instants, perdu. Il est comme anesthésié et ne semble plus rien ressentir hormis un vide immense. La mâchoire serrée et le cœur semblant vouloir s’arracher hors de son corps, Lùca se précipite aux toilettes, soudain pris d’un énième vomissement. Lùca se dirige ensuite vers l’évier de la salle d’eau et s’observe au travers du miroir. Son visage est terne, creusé par les cernes et sa mauvaise alimentation périodique. Sa peau habituellement hâlée qui contraste d’avec ses yeux émeraudes, elle, est fantomatique. Songeant que même un zombie a meilleure allure, il se dégoûte.

Après une longue et chaude douche, il décide de nettoyer de fond en comble l’appartement dans lequel il se trouve. Celui qu’il doit quitter définitivement ce soir. Ici et là sont posés des cartons majoritairement vides. Si d’ordinaire, Lùca aurait une fois de plus remis à un autre jour, l’heure fatidique de la remise des clefs se rapprochait dangereusement. Il ne pouvait plus reculer. Le seul avantage qu’il y voyait était qu’il s’occupait sur une courte période, lui qui donnerait tout pour éteindre son cerveau en ébullition. Il est environ quatorze heures quand le ventre du jeune Parsons crie famine et qu’il se décide à faire une pause. S’il n’aime pas penser à la tournure qu’avait prise sa vie, il ne peut empêcher son esprit de divaguer si bien qu’il sursaute quand l’alarme de la minuterie se met à sonner. Après un rapide repas, Lùca se décide, non sans appréhension, à allumer ses téléphones. Dans l’officiel, vingt appels en absence ainsi qu’une trentaine de textos. Il soupire et en lis quelques-uns.

✉ 08 : 15 Charlie
N’oublie pas que je t’aime mon Amour. Je t’appelle dans la soirée.

✉ 12 : 15 Charlie
Et sinon, jamais tu décroches ???

Résigné, il appelle sa compagne qui réponds immédiatement. La connaissant, elle n’avait pas dû se séparer de l’appareil.

—    Allo, Lùca ? Lùca, chéri ! C’est toi ?
Non, c’est Maurice, le plombier. Connasse.
—    Char …
—    Pourquoi tu ne me répondais pas ? demande-t-elle d’une voix sèche.

Il tente d’en placer une mais son interlocutrice débite avec une rapidité qui n’appartient qu’à elle. Énervé de s’en prendre plein la tête et choqué de ce qu’il voit sur le second téléphone, il la coupe.

—    Ferme ta putain de gueule, putain !!

Radical. Le jeune homme sait qu’il en subira les conséquences mais il se sent soulagé, comme libéré d’un poids. Il ne s’en excuse pas pour autant et reprends d’un ton calme mais froid :

—    Mon téléphone était éteint. Même avec toute la volonté du monde, je n’aurais pas pu décrocher.

Charlie, encore ébahie par la répartie de son homme, ne sait quoi répondre. Blessée dans son égo, elle répond, hésitante :

—    Tu … Tu reviens ce soir, hein ? T’as pas … T’as pas changé d’avis ?
—    Bien sûr que non. J’ai encore deux trois choses à finir avant de rentrer.

Il met fin à l’appel sur ces mots, aggravant plus encore la colère de sa fiancée. Lùca contemple le second téléphone qu’il a lâché au sol. L’aperçu du message reçu le trouble bien plus qu’il ne l’était déjà. C’est Elle. La jeune femme semble pleine de vitalité. Sa tête légèrement penchée sur la gauche, une imposante mèche brune lui cache son joli minois. Les rayons du soleil l’englobant d’une façon quasi divine, auréolée. Bien que la photo soit floue, Lùca décèle les perce-neiges et quelques bourgeons sur les branches qui la mettent un peu plus en valeur.

— Putain !!!

Lùca l’aimait et, à contrario, il la haïssait comme il n’avait jamais haï personne. Il ne supporte pas son abandon et son potentiel retour alors qu’il peinait depuis toutes ces années à garder une certaine stabilité.  Il s’est résolu à tourner la page et si cela signifiait fuir leur passé, alors soit. Seulement parfois, la seule manière d’avancer est de revenir en arrière. Déçu de constater qu’il s’est volontairement menti, il prends le temps d’apprécier cette haine qui remonte. Cela l’apaisa quelque peu, comme si ça pouvait atténuer la douleur mais ce n’était qu’un mensonge de plus. Pourtant il y croyait. Il passe une main dans ses cheveux brun en bataille.

✉ A inconnu :
Qui es-tu ?

✉ De +64478******
Tu n’as toujours pas deviné ?

✉ A +64478******
Il fallait y réfléchir avant. Tu as fait ton choix ce jour-là. Maintenant, oublie-moi.

L’adulte ne saisit pas encore les enjeux de cette situation, ni les raisons de son absence mais peu importe. L’expéditeur est décidé à changer la donne et il lui faudra une force psychologique importante pour affronter les événements à venir. Les émotions simples sont les plus difficiles à vivre. Elles nous emplissent d’un perpétuel doute. Une secousse pour un serrement d’organe.

✉ De +64478******
Certaines vérités mériteraient d’être emporté dans la tombe.

Lùca ne comprends pas le sens de ce message et tandis qu’il le retourne dans tous les sens, le téléphone s’allume. Par habitude, il décroche. « Lùca ? » Une voix perdue, contraire à l’image qu’elle renvoyait un peu plus tôt, sur cette maudite photo. « Lùca c’est toi ? » La voix s’affole, s’agite. « RETROUVE-MOI ! » Coupure. Ses yeux s’agrandissent sous la surprise. « Élie ? » Il tente de la rappeler sans succès, le téléphone est éteint. Il lui envoie messages sur messages, en vain. Lùca doit se casser la tête à démêler le peu d’informations à sa disposition. La personne responsable de son état joue la carte du mystère sur tous les tableaux. Il n’obtient aucune réponse. Ni dans les heures qui suivirent, ni même les jours. Aucune foutue réponse.

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