Écriture dangereuse tome 1 chap.13

9 mins

Assise sur son lit, Marie avait attendu que ces parents partent se coucher. Avant de regagner leur chambre, son père était venu la voir. Il avait l’air si vieux, si désespéré, que le cœur de Marie se serra. Il la serra contre lui et lui dit : – Je suis tellement désolée, ma chérie. Tellement, mais je me dois de vous protéger, ta mère et toi. Vous êtes ce que j’ai de plus précieux au monde. Je sais que si je reviens vers eux, ils vous laisseront tranquille. Mais sache que je vous aime énormément que je donnerais ma vie sans hésiter pour vous. Marie laissa les larmes couler, serrant son père contre elle. – Je sais, papa. Je t’aime aussi. Mais c’est tellement injuste, toute cette histoire ? Pourquoi cela nous arrive à nous ? C’est injuste, répéta-t-elle. Puis elle embrassa son père et se dirigea vers son lit, bâilla, et s’allongea sur son lit. Quand son père quitta sa chambre, elle attendit un moment. Elle entendait sa mère pleurer et parler doucement à son mari, puis après une bonne demi-heure, ce fût le silence. 

Marie enfila ses vêtements, et tendit l’oreille. Pas de bruit, parfait. Elle ouvrit doucement la fenêtre de sa chambre et passa doucement, un pas à la fois, pour ne pas faire le moindre bruit. Quand elle atteignit la pelouse, elle se mit à courir pour regagner le coin de la rue sans se retourner. Elle avait peur de tomber sur son père lui courant après. Arrivée au coin de la rue, elle s’arrêta pour souffler. Soudain, elle sentit une main s’abattre sur son épaule. Elle se retourna en sursaut, sûre que c’était bien son père qui l’avait vu quitter la maison, mais, à sa grande surprise, elle se retrouva devant Amélie. – Qu’est-ce que tu fais là ? lui dit-elle. Amélie, n’arrivant pas à dormir, avait vu Marie de la fenêtre de sa chambre. Curieuse de savoir ce que sa meilleure amie faisait dehors au beau milieu de la nuit, avait décidé de la suivre. – Tu ne peux pas venir avec moi, lui dit Marie. C’est trop dangereux. Ces gens sont maléfiques. -Raison de plus de t’accompagner Marie. De plus, nous avons commencé cette aventure ensemble, autant en fini ensemble. Tu es ma sœur de cœur, je vais t’accompagner jusqu’à la fin, qu’importe comment cela finira. Mais tu n’iras pas seule, je viens.

Marie regarda son amie, les larmes aux yeux et la serra fort dans ses bras. Oui, c’était vraiment ça. Des sœurs de cœur, pour la vie. Ensemble, elles prirent le chemin de la foire. Arrivée devant le site, elles prirent le temps d’observer si la voie était libre et, lentement, elles se dirigèrent vers la tente de la vieille gitane. Elles ouvrirent les rideaux et observèrent un instant, laissant leurs yeux s’habituer à la pénombre. La pièce était vide. Elles traversèrent la tente et sortir par l’arrière, observant le lot de mobil-home et de caravanes occupant le terrain. Tout semblait calme. Marie se demanda dans quelle caravane pouvait bien se trouver son grand-père. Mais, avant même qu’elle trouve la réponse, Amélie et elle se sentirent soulevées du sol. Elles poussèrent des cris et se débattirent un moment quand une voix leur dit : – Du calme, les filles. Alors, on essaye de venir voir s’il y a quelque chose à latches (bon à voler). Marie, reconnaissant la voix de son agresseur, lui répondit : – Je ne suis pas là pour ça, Beniccio. Lâchez nous. Entendant son nom, l’oncle de Marie la lâcha et la regarda, surpris. – Que viens-tu faire ici ? C’est ton père qui t’envoie ? Est-il assez lâche pour envoyer sa fille à sa place ? Marie regarda Beniccio avec haine. Comment cet homme pouvait-il ressembler autant à son père et lui inspirer autant de dégoût ? – Ce n’est pas mon père qui m’envoie, sale menteur, je suis venue voir Cacou. Je veux lui parler. A lui et à Mami.

Beniccio regarda Marie droit dans les yeux, comme pour la jauger, puis, haussant les épaules, se dirigea vers la caravane de son père. Amélie serrait le bras de Marie. Elle avait peur, mais voulait rester digne aux yeux de son amie. Beniccio frappa à la porte et l’un de ses cousins ouvrit. Il parla un instant dans leur dialecte gitan et se dirigea de nouveau vers les filles. – Allez dans la tente. Cacou va vous recevoir. C’est très courageux de ta part de venir seule, chabé, mais pas très intelligent. Enfin, chacun va vers son destin. Sur ces mots, il laissa les filles seules dans la tente. Marie et Amélie se regardèrent, le visage inquiet mais déterminé. Quelques minutes plus tard, deux personnes entrèrent dans la tente. Amélie fit un pas en arrière, mais Marie resta campée sur ses positions. Elle était bien décidée à mettre les choses aux points avec ses “grands-parents” et surtout leur dire ce qu’elle avait sur le cœur. Même s’ils la changeaient en grenouille, elle irait jusqu’au bout. Le vieux gitan et sa femme les regardèrent un instant et, en silence, s’installèrent à la table. Le vieil homme dit aux filles : – Beshtud chabés. Marie lui répondit : – Je ne parle pas gitan, grand-père. Le vieil homme n’était guère étonné mais ne répondit pas. Sa grand-mère lui répondit : – Il vous demande de vous asseoir, simplement. Les filles s’installèrent donc à l’autre extrémité de la table. Le gitan observa un instant sa petite-fille dans les yeux, la scrutant, observant ses réactions et dû admettre que cette fillette ne manquait pas de force et de courage. Il lui demanda donc la raison de sa présence. Marie se mit à parler : – Cacou, je sais que mon père est parti sans rien vous dire. Je sais pour Beniccio et pour la malédiction qu’il a jeté sur ma famille. Je sais aussi pour vos traditions. Mais est-on obligé d’en arriver à de telles extrémités ? N’est-il pas vrai qu’un gitan n’attaque pas un autre gitan et que le palabre est la coutume pour régler les problèmes entre les familles ? Je suis prête à quitter l’écriture si vous laissez ma famille tranquille. Mon père est un homme bon, qui a toujours fait le bien dans sa vie. Il aime ma mère, même si elle n’est pas gitane. Il m’aime aussi. Allez-vous, en toute impunité, détruire une famille au nom de la tradition, au nom de l’honneur ? Quel honneur y-a-t ‘il dans ce genre de pratique ? Je suis venue vous proposer de me prendre à la place de mon père. Après tout, si je n’avais pas été aussi têtue à vouloir devenir écrivaine, tout ceci ne serait jamais arrivé. 

Le vieil homme parût surpris et ce fût madame Irma qui prit la parole. – Je suis désolée pour toi, Marie, mais nos lois sont ancestrales. Nous n’avons pas le droit de les changer sans un conseil avec les anciens. De plus, un affront a été commis et il doit être lavé. C’est une question d’honneur. Mais rassure-toi, ton père ne sera pas le seul à être puni. Beniccio aussi a sali l’honneur de la famille par ses mensonges et par le maléfice qu’il a lancé contre son propre sang. Il paiera aussi. Marie allait objecter quand soudain, la tente s’ouvrit brutalement et Arturo entra dans la pièce. – Marie, que fais-tu là, tu es folle ? Je voulais voir si tu dormais, mais je me suis retrouvé sur une fenêtre ouverte et personne dans la chambre. Je sentais que tu préparais quelque chose, mais là, c’est de la folie.

Se retournant sur ses parents, il les supplia de laisser sa fille et son amie partir et promit de rester et de subir son châtiment. Il se mit devant sa fille, comme pour la protéger. Ses parents parlèrent un moment entre eux et acceptèrent la demande d’Arturo. – Non, cria Marie. Papa, je t’en prie, je ne veux pas vivre sans toi. – Tu n’as pas le choix, ma chérie. Je t’en prie, sauve-toi, retourne chez ta mère, tant qu’il en est encore temps. Arturo poussa les filles hors de la tente et leur dit de se sauver. Amélie attrapa la main de Marie et elles se mirent à courir vers l’entrée de la foire. Se cachant derrière les buissons, elles observèrent Arturo et ses parents sortirent de la tente. La mère d’Arturo tenait son fils par l’épaule, le guidant vers un feu de camp où s’étaient rassemblé une vingtaine de gitans de tout âge, les plus anciens assis autour du feu, les plus jeunes assis ici et là, formant comme un deuxième cercle. Marie vit son père s’asseoir entre ses parents et son frère Beniccio, l’air grave. Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Elle ne pouvait pas laisser son père dans cette situation. Elle savait qu’ils ne le tueraient pas mais son père serait obligé de les abandonner, elle et sa mère. Elle eut soudain une idée. Elle avait appris beaucoup de choses au sujet des maléfices pendant ses recherches. Elle en parla à Marie, et, silencieusement, se dirigèrent vers la caravane de Beniccio. Pendant que les anciens étaient en train de décider du sort des jumeaux, Marie et Amélie fouillèrent l’antre de Beniccio. Ça devait se trouver là, Marie en était sûre. Soudain, elle poussa un petit cri de victoire. En ouvrant un petit coffre en bois orné de sculpture, étrangement familier avec celui que son père avait rapporté à la maison, elle y trouva la même poupée dont la tête se dévisse et observa à l’intérieur de la tête. Elle y trouva une mèche de cheveux (ceux de son père, très certainement) et une bague en or qui devait également lui appartenir. Elle mit la poupée dans sa poche, sorti de la caravane et demanda à Amélie de l’attendre dans les buissons. Elle avait une idée, mais si ça tournait mal, Amélie pourrait au moins tout raconter à Evelyne. Amélie se dirigea vers les fourrés et Marie s’avança doucement vers le feu de camp. Elle avait caché la poupée à l’intérieur de sa veste et avançait d’un pas franc.

Son père la vit s’approcher le premier. Il se leva mais ses parents le retinrent par les bras. Il se mit à se débattre et à crier : – Marie, va-t’en, qu’est-ce que tu fais ? Va-t’en, tu ne peux plus rien faire. Va rejoindre ta mère, je t’en supplie.

Mais Marie ne l’écouta pas. Elle continua à avancer jusqu’au centre de la communauté. Tous les yeux étaient fixés sur elle, attendant de voir ce qu’il allait se passer. Quand elle arriva enfin au milieu de la communauté, elle se tourna vers ses grands-parents et Beniccio et sorti la poupée de sa poche. Beniccio se leva d’un coup et hurla : -Où as-tu eu cela ? Tu as fouillé chez moi, dinecozonne (grande folle). Il allait se lancer sur Marie mais Arturo le retint. – Ne touche pas à ma fille, fils de chien. Je te tuerais, je le jure sur Barodével. Le père des jumeaux se leva et regarda Marie d’un air curieux. -Qu’as-tu l’intention de faire avec ceci, chabé? Tu ne connais pas la magie gitane. Tu n’es pas vraiment de notre peuple. Marie le regarda bien dans les yeux et lui répondit : – C’est exact, Cacou, je ne suis pas gitane, mais je sais lire et surtout je comprends très vite ce que je lis. Et, vois-tu, j’ai appris que pour conjurer un maléfice, il faut trouver l’objet qui a permis de maudire la personne et le lancer dans le feu avec du gros sel. Et il se trouve que j’ai ces deux ingrédients sur moi et qu’un joli feu de joie brûle ici même, au milieu de ta jolie communauté. Tu dois savoir que si je brûle cette poupée, le malheur reviendra sur Beniccio à la puissance dix, mais aussi sur tous les membres de sa famille. Alors, si ma famille doit être maudite, je tiens à en partager le privilège avec le reste de ma famille. Qu’en dis-tu, Cacou? Mami? Oncle Beniccio et tous mes chers cousins et cousines ? Le vieux gitan jaugea Marie qui s’était rapprochée le plus possible du feu le temps de son discours et compris que, même si l’un d’entre eux se lançait sur elle pour récupérer les artéfacts, ils n’auraient jamais le temps de l’atteindre. Il regarda les anciens et exigea un rassemblement. Les vieux gitans se levèrent pendant que les plus jeunes observaient Marie d’un air sombre mais aussi effrayé. Arturo regardait sa fille d’un air terrifié. Mais Marie était sûre d’elle. Ils ne prendraient pas le risque de maudire toutes leurs familles, juste pour un ou deux membres galeux de la famille. Et ils savaient que Marie avait dit vrai sur le maléfice. Donc, après quelques minutes de palabres, les ancêtres virent reprendre place et Cacou prit la parole : – Tu as gagné, Marie. Tu n’es pas totalement gitane, c’est vrai, mais l’esprit du gitan est quand même en toi, c’est indéniable. C’est d’accord. Ton père et toi pouvez repartir. Nous vous laissons faire votre vie tranquille de votre côté. Nous ne chercherons plus à vous retrouver. Arturo, tu es libre et pardonné, mon fils. Sois fier de ta fille, elle a le courage et l’âme du plus valeureux des gitans. Néanmoins, j’aimerais récupérer cette poupée et nous pourrons entériner cet arrangement. Il se retourna vers Marie et tendit sa main. Marie allait lui rendre la poupée, mais, avant, elle dévissa la tête et ôta la mèche de cheveux et la bague en or qu’elle contenait. Elle lança ces artéfacts dans le feu, où ils se consumèrent dans un éclat de fumée verte. Puis, elle tendit la poupée à son grand-père. Cela fait, ils se serrèrent la main, coutume d’un accord verbal chez les gitans. Arturo se dirigea vers sa fille. Il la serra contre elle. Ensuite, il demanda à son père s’ils pouvaient partir et l’assurance qu’il tiendrait sa promesse. – L’accord a été passé, Arturo. Maintenant, jakouté mal (on s’en va, allez-vous-en). Arturo prit Marie par la main et se dirigea sous le regard pesant du clan qui fût le sien il y a si longtemps. Beniccio le regarda partir sans rien dire. Après tout, il n’y avait plus rien à ajouter. Quand Amélie aperçu Marie et son père, elle sortit des fourrés et sauta dans les bras de son amie. – Je suis si soulagée. J’ai tout vu d’ici. Tu as été vraiment courageuse Marie. Je n’aurais jamais osé faire cela. Marie lui sourit. – Pour la famille, lui répondit-elle en regardant son père, on est prêt à tous les sacrifices. Ils montèrent en voiture et retournèrent dans leurs maisons respectives. La nuit touchait doucement à sa fin et ils étaient tous morts de fatigue. Arturo réveilla néanmoins Evy pour lui dire que tout était fini et qu’ils pouvaient continuer tranquillement leur vie. Le danger était parti à jamais. Ils s’endormirent, enlacés, soulagés de la fin de cette vie difficile.

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